COMPTE RENDU SUR LE BREXIT

Catégorie : anglais

COMPTE RENDU de la table ronde du 7/10/2017 aux journées historiques de Blois : Du « I WANT MY MONEY BACK » au Brexit. L’évolution des relations entre l’Europe et la Grande Bretagne

Intervenants : Christian Wenkel, Eric Bussière, Laurent Warlouzet, Audrey Vedel-Bonnery et Sir Jonathan Faull (chargé de la task force pour la renégociation à la Commission européenne)

Comment décrypter le Brexit à travers l’histoire ?

L’histoire est constamment utilisée dans les discours des hommes politiques : Michel Barnier évoque les 6O ans d’Europe,  Theresa May parle d’ « Angleterre mondiale ». Les relations entre l’Europe et la Grande Bretagne sont complexes, car cette dernière s’inscrit dans plusieurs cercles contradictoires en apparence : l’Europe, le Commonwealth, le Monde.

Winston Churchill lui-même incarne cette contradiction, dans ses discours de 1944 et 1946 ; il dit en juin 1944 « Chaque fois que nous devons choisir entre le grande large et l’Europe, nous choisissons le grand large », en référence à l’Empire, et en 1946, il évoque « les Etats-Unis d’Europe ».

Le 14 janvier 1963, de Gaulle fait une conférence de presse très anti-britannique, en insistant sur le fait que l’Angleterre est insulaire et tournée vers les préoccupations maritimes, et que sa nature diffère de celle des continentaux. Et de fait, il s’oppose en 1963 et 1967 à son adhésion à la CEE. Cette dernière rentrera en 1973, sur l’idée que le Marché commun est ce qu’il faut à l’Angleterre du point du vue économique. Faut-il pour autant en conclure que l’Angleterre est anti-européenne ?

Pas forcément. Elle adhère au Conseil de l’Europe à sa création, puis à l’espace de libre échange (AELE). Quand, le 30 novembre 1979, Margaret Thatcher prononce sa fameuse phrase « I want my money back », c’est  pour dire qu’elle souhaite une Europe de libre-échange, pour la souveraineté des Etats. Une Europe économique, mais pas politique. En 1984, lors des accords de Fontainebleau, elle obtient une diminution de la contribution financière de la Grande Bretagne. Le 22 décembre 1988, elle prononce le discours de Bruges, qui est une réponse à la politique fiscale et sociale de Jacques Delors, alors président de la Commission européenne.  Ce n’est pas une position anti-européenne, mais souverainiste et intergouvernementale, là où Jacques Delors souhaite une Europe fédérale.  Or la position de ce dernier a triomphé à cette époque, d’où l’accusation de super Etat qui produit des règles et de la bureaucratie excessive.  Les Britanniques voudraient essayer de résoudre la question : comment garder l’accès à l’Union sans accepter les règles ? Surtout, ils ne voulaient ni drapeau, ni hymne, ni Cour de Justice, qui sont de la prérogative des Etats.

Les Britanniques sont donc venus plus tardivement à l’Europe, mais leur présence dans la CEE, puis dans l’Union européenne a été aussi positive : ils ont amené des diplomates de qualité, qui ont contribué à rationaliser le fonctionnement de cette administration européenne.  Ils ont aussi soutenu plusieurs politiques européennes sur le marché commun, les hautes technologies, l’environnement.

De la même façon, de Gaulle n’était pas totalement anti-européen : il a aidé à faire entrer la France dans la CEE dès 1958 et à faire appliquer le traité de Rome.  Il faut donc faire attention à ne pas simplifier à l’extrême des positions qui sont complexes.

Les Britanniques n’ont jamais été occupés, n’ont jamais connu de dictature. L’Europe n’est donc pas pour eux la garantie des droits de l’homme, d’ailleurs peu d’anglais savent où se trouve Strasbourg. Quand en 2015, David Cameron est élu avec le parti conservateur, il doit calmer son parti très divisé, il promet donc un référendum sur l’Europe, car il n’y en n’avait pas eu depuis 1976. Son souhait est d’abord d’essayer de renégocier, puis faire son référendum. Pourquoi renégocier ? Les milieux financiers de la City ont peur de la réglementation financière de la zone euro. Ils craignent aussi l’idée d’une Union sans cesse plus étroite entre les peuples, qui est inscrite dans tous les traités européens, cette phrase est surtout comprise comme un rouleau compresseur fédéraliste. Or les Britanniques ne souhaitaient pas être liés par cela : en 2004, ils ont souhaité un élargissement européen rapide pour rendre plus difficile l’intégration plus profonde de l’Europe.

Enfin, les Britanniques perçoivent l’émigration européenne comme un problème, ils n’ont pas le sentiment d’appartenir à une famille européenne. Et après la crise de 2008, la Grande Bretagne s’est retrouvée confrontée  à une grande vague d’émigrés venant d’Europe de l’Est, notamment des Polonais, en parallèle avec l’émigration traditionnelle venant des ex colonies du Commonwealth.  Les infrastructures n’ont pas suivi. C’est pour cela que le UKIP a réussi à associer l’Europe à l’émigration, et que le discours populiste s’en est trouvé renforcé.  Or la libre circulation fait partie de l’Union européenne, on ne peut pas dissocier la libre circulation des marchandises et des hommes.  Cette renégociation de D.Cameron n’a pas réellement été exploitée dans la campagne du Brexit, car Cameron pensait que la peur de la sortie de l’Europe suffirait à faire voter « non », comme lors du référendum écossais, où  la peur de l’avenir l’avait emporté sur le sentiment nationaliste. Jusqu’à minuit, le 23 juin, Cameron pensait qu’il allait gagner.

Comment envisager aujourd’hui les relations entre la Grande Bretagne et l’Europe ? (réponse donnée par Jonathan Faull essentiellement)

L’Angleterre est plus liée au continent qu’elle le croit. Ce sera long, il peut y avoir des changements politiques qui vont destabiliser les choses.  Comment garder les Britanniques en Europe , mais en dehors de l’UE. Ils appartiennent à l’OTAN, le Conseil de l’Europe. Le nouvel équilibre de l’Europe va changer. L’avenir parait très incertain, en raison de l’absence de position claire de Theresa May : actuellement, comme en rugby, les mélées se regardent, mais il n’y pas encore eu d’engagement.

Trois sujets devront être réglés dans les 18 mois : l’argent, le destin des gens coupés de l’autre côté de la frontière (Britanniques sur le continent, ou Européens en GB), l’Irlande. Personne ne souhaite un retour à la frontière entre Irlande du Nord et Irlande, elle est artificielle et a été ensanglantée dans le passé. On a du mal à envisager le retour des contrôles, et des soldats. Pourtant, il y a une différence de monnaie entre les deux.

Probablement, les termes du divorce seront réglés en mars 2019, puis il y aura de nouveau un accord de transition avec l’UE, mais sans doute sur 10 ans. Les prochaines élections sont fixées en 2022, si le gouvernement anglais actuel tient d’ici là.

 

Questions :

  • Et si les un million de Britanniques du continent avaient pu voter, cela aurait changé le vote ? Certainement, mais les Britanniques domiciliés en Europe depuis plus de 15 ans n’ont pas pu voter au référendum, contrairement à ce qu’avait promis D.Cameron.
  • Si les travaillistes sont élus, que se passera-til ? Jérémy Corbyn ne dit rien sur la question, car il est divisé entre une base ouvrière anti-mondialisation et anti-européenne, et une aile de jeunes étudiants pro-Européens.
  • La presse populiste europhobe a-t-elle joué un rôle dans la réussite du Brexit ? Sans nul doute, de même que le droit de vote qui n’a pas été avancé à 16 ans (les jeunes auraient voté contre le Brexit)

Auteur du CR : Anne Dagicour

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par ANNE DAGICOUR le 13 oct. 2017 à 16:27

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